Coupe du Monde u17 : Les tête d'affiche au rendez-vous

Il y a 3 jours
Emmanuel Le Nevé

L’adage affirme que les grands joueurs sont présents dans les grands moments. Cette Coupe du Monde u17 l’a montré. Dans un environnement pour le moins hostile face à la Turquie en demi-finale, le duo Nikola Kusturica-Matija Lukic a mené la Serbie à la Finale contre les USA. Une finale perdue mais pour les observateurs, l'essentiel était ailleurs.

Le premier, au-dessus du lot sur l’ensemble de la compétition en terminant quatrième meilleur scorer avec 24.6 points de moyenne, n’a pas changé face à la bande d’Ömer Kutluay. Au compteur, 22 points. Tous marqués près du cercle et sur la ligne des lancers-francs. Ce qui reflète assez bien le jeu de l’ailier de Barcelone. Un garçon longiligne, encore fin, à l’envergure interminable.

Option primaire de la Serbie, Nikola Kusturica (2.08 m - 2009 - FC Barcelone/UCLA) a énormément eu le ballon entre les mains, loin du rôle qu’il a pu avoir en Espagne. Sur le terrain, on retrouve un attaquant. Il multiplie les drives, les points en transition et provoque des fautes (8 lancers-francs de moyenne a 73% de réussite). Malgré un premier pas limité, il se fraye le chemin au cercle, souvent main gauche mais il peut attaquer et terminer des deux mains. Même s’il est plus en difficulté face aux meilleurs défenseurs. L’étape NCAA (deux ans) sera intéressante pour observer la progression là-dessus.

Il faudra aussi trouver de la régularité dans le tir extérieur. Aujourd’hui, cette caractéristique reste un point faible de son jeu (26% de réussite sur le tournoi (13/50) avec 7 tentatives par match) mais une opportunité manifeste. La mécanique n’est pas encore fixée, le position des mains peut s’améliorer et il devra apprendre à faire avec cette envergure. Par ailleurs, il est capable de marquer en catch-and-shoot, en spot-up et de se créer son tir en sortie de dribbles. Alléchant si la réussite arrive sur les saisons à venir. 

Sans le ballon, l’ailier Serbe est aussi positif. On est face à un joueur poseur d’écrans, capable de rouler vers le panier et terminer ou de se jouer de la défense pour des coupes, dans l’axe ou ligne de fond. Des éléments à perfectionner pour devenir encore plus dangereux. Mais un joueur de calibre étant capable d'exister sans le ballon ajoute de la valeur au profil. 

En défense, les efforts sont là et il affiche une polyvalence sur les postes extérieurs mais ce n’est pas encore un défenseur de haut rang malgré tous les outils en sa possession. Les statistiques lui sont par contre de son côté avec plus de deux interceptions par match (2.7) et près de 2 contres de moyenne (1.7). A continuer d’observer face à une autre adversité.

Le second, Matija Lukic (2.02 m - 2009 - Zaragoza), sortait d'une belle saison dans la nouvelle Liga u22 sous la tunique de Zaragoza. Et comme son compère de Barcelone, il n'a pas manqué le rendez-vous sur le sol turc. Notamment sur des moments clutchs avec des tirs longue distance. Particulièrement contre la Turquie en demi-finale avec trois tirs extrêmement importants dans le quatrième quart-temps. 

Balle en main, l'arrière serbe s'est montré efficace et polyvalent en étant capable d'évoluer, selon l'adversité, sur plusieurs postes grâce à sa taille et sa longueur. A Istanbul, il s'est montré en étant capable d'initier pour les autres avec de la diversité dans la passe. Aussi, en étant fiable à trois points avec une régularité sur l'ensemble du tournoi qu'il termine avec 42% de réussite sur 7 tentatives de moyenne(18/43).

Maintenant, il doit passer un cap sur la création pour lui-même. Chose qu'il a trop peu montré sur l'évènement. Ce qui peut s'expliquer par le rôle occupé sous la tunique serbe en étant la seconde option offensive derrière Nikola Kusturica. En ayant moins le ballon en main, il n'a pas pu montrer plus dans ce domaine.

Défensivement, on est face à un joueur qui, lui aussi, fait les efforts. Il prend de la place dans les un contre un avec les appuis et sa longueur. Pour être encore plus positif, il devra passer par la case musculation. Le corps doit changer pour être capable d'ajouter de la polyvalence sur un niveau supérieur. Lui a, pour le moment, décidé de rester en Espagne pour continuer de progresser. Un garçon qu'on continuera de suivre.

Lui aussi évoluera en Espagne la saison prochaine, toujours sous les couleurs du Real Madrid. Ömer Kutluay (1.93 m - 2009 - Real Madrid) était attendu après une année mitigée dans la capitale espagnol. Durant cette Coupe du Monde, sans surprise, il fut le leader d'une équipe turc bien construite pour qu'il performance dans les meilleures conditions.

En attaque, il était au centre de tout. Un joueur capable d'apporter du scoring de près comme de loin. Près du cercle, par de l'attaque du panier et étant, malgré un premier pas faiblard, capable de passer le premier rideau et terminer dans le trafic. A trois points, les points sont principalement arrivés par de la création et en sortie de dribble. Tout au long du tournoi, on l'a observé martyriser ses adversaires en étant capable de prendre des tirs à lui : en sortie de dribble, via l'écran, en catch-and-shoot. De loin, il termine la compétition avec 36% de réussite et 8 tentatives de moyenne (20/56). Positif donc et une progression peut arriver avec le 90% de réussite affiché aux lancers-francs, là-aussi avec 8 tentatives par match (53/59).

En plus du scoring, l'arrière du Real Madrid a une vraie qualité de passe. Il conclut d'ailleurs le tournoi en étant le meilleur passeur avec 9 passes décisives de moyenne. Dans cet aspect du jeu, il affiche de la diversité mais il montre essentiellement des assists sur du kick-out et des passes d'alley-oop dans le dribble. Maintenant, on observera comment il va progresser la-dessus car il montre une tendance à jouer solo et faire ces passes en dernier recours. Ce fut déjà le cas sur le championnat d'Europe u16 l'été passé (2025). 

Pourtant face à lui, il avait fort à faire avec la concurrence de l'Australien Luke Paul (1.98 m - 2009 - Cairns Taipans). Le MVP de la Coupe d'Asie u16 en 2025 arrivait en Europe avec l'étiquette de prospect de premier plan. Un statut qu'il n'a pas volé. Car en Turquie, ce grand meneur de jeu, qui passera les deux prochaines saisons du côté du programme NBL Next Star sous les couleurs de Cairns, a montré tout au long du tournoi l'un des plus grands potentiels.

Notamment par sa capacité à faire jouer les autres. Avec 7 passes décisives de moyenne, l'Australien termine troisième passeur d'une compétition durant laquelle il aura montré une diversité à la passe au-dessus de la moyenne, et très avancé pour un joueur de son âge. Aujourd'hui, le bagage à la passe est déjà très complet en étant capable de passer avec les deux mains, des deux mains, dans son dribble, de faire des renversements, des pockets passes sur les situations de pick-and-roll. Bref, la palette est large.

Mais en plus de ça, il peut aussi scorer de façon efficace (45% à deux points, 55%à trois points). Et la aussi de plusieurs façons. Ouvert pour un catch-and-shoot, c'est de dedans. Trois points en sortie de dribble après un écran, c'est dedans. De loin, la mécanique est très bonne, fluide et rapide. Et si la défense s'adapte en étant plus agressive, il ira au panier par son dribble. Là aussi en utilisant l'écran ou via un stop-and-go qui a fait des ravages sur l'ensemble de la compétition. Maintenant, en attaque, il reste un passeur first et il a parfois tendance à abuser de la passe alors qu'il peut scorer.

En Australie, sur un niveau supérieur, il sera intéressant de suivre la progression dans ce domaine. Aussi, de voir comment il va gérer les finitions au contacte. Car il a parfois eu du mal face aux profils plus physiques.

Défensivement, il a affiché un niveau intéressant en étant très actif face à ses joueurs. Le corps est intéressant pour jouer les arrières adverses. L'aspect visuel a été bon, et les statistiques confirment les matchs avec près de 2 interceptions (1.4) et 2 contres (1.3) de moyenne sur le tournoi. Pour un garçon à ce poste et de son gabarit, c'est très correct.

Autre Aussie à s'être montré positivement, Yahya Basaran (2.14 m - 2009 - Center of Excellence). Le big man tout juste naturalisé suite à son arrivée de Turquie a été un vrai artisan du parcours Australien qui s'est terminé avec une médaille de bronze. Le pivot a montré une belle mobilité pour son profil en étant capable d'apporter des deux côtés du terrain. 

En attaque, on est face à un joueur qui apporte par son scoring près du panier (seul, pick-and-roll, lob, seconde chance). Pour le moment, la diversité n'est pas folle mais le footwork et le touché laisse espérer une belle progression. En plus, on a pu observer par flashes un tir naissant. Il n'a pas été rare de la voir tenter à mi-distance, d'un peu plus loin et même une fois à trois points. La mécanique est encore assez lente mais le ballon part de haut. Point à suivre. 

Défensivement, il a été très positif avec du box-out permanent, une vraie présence aux rebonds (8 rebonds de moyenne - neuvième au classement de cette catégorie - avec 3 rebonds offensifs par match) et de la protection de cercle avec une bonne utilisation de ses bras. Il termine le tournoi avec 16 contres en 7 matches, soit 2.3 de moyenne (troisième contreur de la compétition)

Dans un tier en-dessus, de nombreux joueurs ont également montré un potentiel NBA en cas de progression dans différents aspects. Liste non exhaustive :

Darius Karutasu (2.02 m - 2009 - Turquie - Efes Istanbul)
Boxin Zhao (2.15 m - 2010 - Chine - )
Yuchen Zhang (1.86 m - 2010 - Chine)
Yizhaojie Zhang (2.03 m - 2010 - Chine)
Jakob Siftar (1.98 m - 2009 - Slovénie - FC Barcelone)
Luc Jarc ( 2.07 m - 2009 - Slovénie - Mega Basket)
Antonio Brown (1.93 m - 2009 - Australie - Center of Excellence)
Isaiah Hamilton (1.98 m - 2009 - Canada)
Isaiah Clarke (1.98 m - 2009 - Canada)
Jordan Fisher (1.96 m - 2009 - Canada)
Tristan Edwards (2.06 m - 2009 - Canada)
Liam Mitakaro (1.95 m - 2009 - Canada)
Benas Birzinis (2.00 m - 2009 - Lituanie - Rytas)
Jayden Cecil (1.95 m - 2009 - Nouvelle Zélande - Utah Prep)