L’homme au bandeau le plus étrangement porté de NCAA, Trevelin Queen, ailier des Aggies de New Mexico State s’apprête à entrer dans le monde professionnel après deux belles saisons du côté de Las Cruces. Le natif du Maryland a connu un parcours aussi chaotique qu'unique, un parcours qui l'a baladé aux quatres coins du pays et pourrait l'amener en NBA dans les prochains mois.

Au lycée, Queen a du quitter son lycée pour un établissement en Floride, mais du fait d'un retard de procédure, il n'a pas pu jouer de l'année ; sans réelles publicités ni offres d'universités, il est revenu dans son ancien lycée, mais le coach n'étant plus le même lors de son retour, Queen n'était même pas titulaire et a joué moins de dix matchs sa dernière année au lycée. Trois équipes différentes en trois ans de lycée, une exposition minime et donc pas de possibilités de rejoindre une université, voilà où en était Trevelin Queen à 18ans. 

Du coup, l'ailier des Aggies a du prendre la route désormais connue du JUCO (Junior College), sorte d'antichambre de la NCAA dans lequel des athlètes jouent au sein d'un championnat national en espérant se montrer et enfin obtenir une offre d'un programme NCAA. Chaque année, les meilleurs joueurs de JUCO sont classés et l'on retrouve dans ces classements bon nombre de joueurs qui ont ensuite réussi en NBA : l'exemple Jimmy Butler fait office de marronier, mais des joueurs comme Jae Crowder, Steve Francis, Ben Wallace ou encore DaQuan Jeffries l'an passé ont rejoint la NBA après avoir joué en JUCO. D'autres ont même réussi à passer directement du Junior College à la NBA : Donta Smith avait par exemple été sélectionné au 2ème tour de la Draft 2004 par les Hawks en provenance d'un JUCO de l'Illinois, tandis que Jay Scrubb, meilleur prospect JUCO cette année s'est récemment présenté à la Draft 2020. Mais revenons à Queen, qui avant ses deux saisons à New Mexico State, a joué dans trois Junior College en Californie puis au Nouveau-Mexique. Ces années difficiles socialement et humainement lui ont tout de même permis de progresser sur le terrain, de gagner en exposition, avec pour résultats enfin des offres universitaires. 

J'étais sans-abri, mis à la porte, affamé. Je ne savais pas à quoi aller ressembler la suite. Quand j'étais en Californie, nous étions 15 jeunes originaires de quartiers difficiles de Detroit, Baltimore ou Chicago (propos recueillis par Bryan Kalbrosky pour Hoopshype)

L'ailier devait s'engager avec Western Kentucky, mais un changement de coach a changé ses plans, lui permettant de choisir l'offre de New Mexico State, la meilleure équipe de la Western Athletic Conference depuis quelques années et ancien programme de Pascal Siakam. 

Je n'ai jamais abandonné. Quand tu vas en JUCO, tu prends conscience que tu n'es pas le seul à être en difficulté [...]. Puis j'ai eu une offre de New Mexico State. C'était une de mes premières offres que j'ai reçu en JUCO, tout le staff était venu me voir. Même le coach était venu me voir joué [...]. (propos tirés de l'entrevue de Bryan Kalbrosky avec Queen pour Hoopshype)

Mais passons désormais au jeu de Trevelin Queen, car c'est bien ses facultés sur les terrains qui l'ont mis sur les radars des scouts et donc des franchises NBA. Lorsque l’on regarde un prospect d’une conférence secondaire voir tertiaire, il faut que ce dernier saute de l’écran, que l’on ne mette pas plus de 5 possessions pour le situer sur le terrain. C’est le cas de Trevelin Queen : il est plus grand, plus long, plus rapide et plus puissant que tous les joueurs qu’il a eu à affronter à sa position, et même lorsqu’il a croisé Robert Woodard II (Mississippi State) ou Josh Green (Arizona) cette saison, ses qualités physiques étaient encore visibles. Il arrivait à finir en altitude, à prendre des rebonds offensifs face à des plus grands mais aussi à ne pas exploser au contact : la faiblesse relative de l’opposition est mentionnable comme dit quelques lignes plus haut, cependant il a réussi à montrer la même chose face à des équipes plus athlétiques. Point noir de son jeu offensif : sa faiblesse à aller sur la ligne. En quasiment 1100mins NCAA, Queen n’a tiré que 69 lancers-francs, un chiffre extrêmement faible qui pose question sur la projection NBA : face à des joueurs qui ne sont pas de son niveau, il n’arrivait pas à provoquer des fautes, ce qui laisse à penser qu’il n’arrivera pas non plus à le faire face à des athlètes NBA. Son envergure n’est pas encore précisément mesurée, mais Queen est long, ce qui lui permet une belle polyvalence dans les rôles que l’on peut lui donner offensivement.

L’ailier apparaît comme un joueur complet offensivement, mais surtout un shooter qui ne fait que progresser : il est passé de 61 à 81% aux lancers-francs entre ses deux années NCAA (sur un volume plus important), il shoote à quasiment 38% à 3pts et cela sur une belle diversité de types de shoots : il semble exceller sur catch-and-shoot, mais les flashs en sortie de dribble sont intrigants. Son dribble est moyen, mais il a une certaine facilité et une aisance balle en main, ce qui lui permettait de créer de la séparation pour ensuite tirer. Autre belle qualité du jeu de Queen, ses capacités de passe et de lecture. Il a beaucoup d’instinct, et c’est vrai qu’après visualisation d’une demie-dizaine de matchs, il en ressort de belles lectures, des passes pleine d’instinct en transition et une gestion du pick-and-roll encore à travailler mais tout de même décente.

Sur le plan défensif, Trevelin Queen avait été repéré dès l’année passée par les adeptes des statistiques avancées : en 2018-2019, il affichait quasiment 4% d’interceptions et plus de 6% de contres, des chiffres très intéressants pour un joueur sous les 2m. Cette saison, il jouait moins près du panier et devait défendre des profils plus petits et vifs, ce qui lui a permis de démontrer de belles qualités. Il utilise bien son envergure, il est rapide et très instinctif sur l’homme, ce qui lui permet d’anticiper les mouvements de ses vis-à-vis et donc de fortement les gêner. Il a encore du travail à faire physiquement, surtout sur le haut du corps : dans des alignements de plus en plus petit et diversifiés en NBA, je ne serais pas surpris de voir Queen utilisé en poste 3 voir en poste 4, surtout si son tir fonctionne bien. Pour assumer de jouer aux ailes en NBA, il devra devenir plus robuste et donc évolué physiquement.

Si le portrait qui est fait de Queen est extrêmement positif depuis le début de l’article, son cas illustre en somme un débat quasi philosophique concernant les stratégies à adopter lors de la Draft. Trevelin Queen est l’un des joueurs les plus complets de cette Draft au moment ou l’on se parle, mais en même temps, il a déjà plus de 23ans et le niveau de compétition qu'il a du affronté était faible. On pense souvent qu’il est plus sage de drafter des joueurs plus jeunes, certes moins forts le jour de la Draft, mais que l’on juge plus propice à progresser dans les années suivant sa sélection. Ainsi, les joueurs de 22 ou 23ans sont souvent dévalués, car on juge qu’ils sont proches de leurs plafonds et donc que la marge de progression sera moins importante. Mais ce n'est le cas de Trevelin Queen selon moi : certes il a 23 ans, mais il n’a pas eu la chance d’avoir une formation technique et physique comme les autres joueurs de son âge, il a muri sur le tard et progresse rapidement. Queen est un véritable late-blumer, et au vue de sa progression durant ses deux saisons à New Mexico State, on peut penser qu’il sera encore plus fort dans quelques années, ce qui pour moi peut légitimer une sélection au 2ème tour de cette Draft 2020.