Des Islandais on connait le clapping, les performances en football et handball, la difficulté de trouver un concubin sur l'île n'étant pas de sa famille et les volcans au nom imprononçables qui non seulement bloquent le trafic aérien pour plusieurs semaines mais en profitent pour inspirer une comédie qui ne l'est pas tellement avec Dany Boon. Ce qu'on sait moins, c'est que le pays nordique s'est récemment mis à former des talents basketballistiques, avec succès. Parmi eux, un joueur qui vient de terminer son cursus à Davidson : Jon Axel Gudmunsson. Il a récemment signé à Francfort (1e div en Allemagne) et intéressait plusieurs équipes pro en France, on vous propose donc de faire sa connaissance.

 

  • Carte d’identité
    • Jon Axel Gudmundsson
    • Meneur de jeu islandais de 23 ans
    • Taille - 196 cm
    • Poids - 88 kg
  • Points forts
    • QI basket & vision du jeu ;
    • Sens du rebond ;
    • Attaque du cercle (à partir d’un certain niveau d’agressivité).
  • Points faibles
    • Mobilité latérale ;
    • Défense sur le porteur, surtout contre des guards athlétiques ;
    • Irrégularités au scoring (principalement son adresse à 3pts).
  • Scénarios (à moyen terme)
    • Meilleur scénario - Titulaire au sein d’une top team d’Euroleague ;
    • Scénario attendu - Meneur de jeu titulaire, ou remplaçant, d’une équipe moyenne d’Euroleague et forte équipe d’Eurocup ;
    • Pire scénario - Joueur voguant d’équipe en équipe en Europe et à l’international
  • Rôle idéal - Meneur de jeu au sein d’une équipe européenne basée sur un jeu sur demi-terrain et entourés de shooteurs et d’un pivot rim-runner.

 

L’Atlantic-10 fut une des conférences les plus suivies de cette saison 2019-2020. Si la majeure partie de l’attention était portée sur les Flyers de Dayton, une autre équipe aurait pu ou dû crever l’écran et parvenir à tenir les standards imposés par Obi Toppin et sa bande : Davidson et son meneur de jeu, Jon Axel Gudmundsson. Avant de signer le mois dernier pour le club allemand de Francfort (pour une seule saison), et après avoir été courtisé par des clubs de Jeep Elite, Gudmundsson a eu le temps de réaliser une carrière universitaire pleine de 4 saisons qui ont fait de lui un des prospects les plus intrigants de toute la NCAA.

La même fac' qu'un certain n°30...

Meneur de jeu et Davidson ? Tiens, tiens … Même si JAG ne peut et ne doit être comparé à Stephen Curry, il était bien un des joueurs les plus complets de toute la NCAA depuis 3 saisons. Arrivé directement d’Islande à la sortie du lycée, JAG vient de terminer une carrière universitaire longue de 4 saisons. Il a dominé l’A-10 au cours de sa saison Junior : 16,9 points (46% aux tirs), 7,3 rebonds et 4,8 assists. Également nommé joueur de l’année de l’A-10, les attentes autour de son duo avec le junior et arrière scoreur Kellan Grady étaient donc très fortes à l’orée de cette saison 2019-2020. Et autant le dire tout de suite, la machine a mis du temps à se mettre en route. Et le bilan des Wildcats s’en ressent avec seulement 16 victoires pour 14 défaites (10-8 durant les matches de conférence). Loin des attentes de début de saison.

Agé de 23 ans, le prospect germano-islandais (il a déjà disputé des matches éliminatoires avec l’équipe nationale d’Islande) reste néanmoins très intriguant et semble taillé pour l’Europe, si la NBA se refuse à lui.

Meneur de grande taille (196 cm), son intelligence de jeu et son état d’esprit sont loués par son coach, Bob McKillop, depuis son arrivée sur le campus. Avec des qualités physiques moyennes et un premier pas assez lent, JAG ne fait clairement pas partie des joueurs les plus athlétiques de la NCAA. Afin de s’adapter au mieux à son meneur de jeu, les Wildcats jouent sur un rythme de sénateur: 344ème équipe (sur 353) à la pace cette saison. Un pur style de jeu sur demi-terrain avec, autour de son meneur, une équipe composée de 3 shooteurs et d’un rim-runner.

 

Joueur complet, intelligence supérieure

Jon Axel Gudmundsson est un véritable couteau-suisse et un des plus gros temps de jeu de la conférence avec 35,5 minutes par match. Avec ses capacités de playmaker au-dessus de la moyenne et son instinct offensif, il parvient à créer des décalages sur demi-terrain. Son premier pas ne lui permettant que très rarement de faire la différence sur son adversaire direct, JAG aime forcer la pénétration et ressortir le ballon sur ses shooteurs ou envoyer ses grands au alley-opp. Malgré une qualité de dribble moyenne, il dégage une certaine puissance et une aisance balle en main qui lui permettent de créer la séparation nécessaire à ces décalages. Avec JAG à la baguette, Davidson est réputée pour être une des toutes meilleures équipes de la NCAA offensivement (20ème à l’offensive rating par exemple). Il n’est pas étonnant de les retrouver dans le Top 5 (!!) des meilleures équipes aux shoots à 3pts. Sa vision du jeu le place au-dessus de la moyenne et avec une meilleure finition de ces coéquipiers, sa moyenne d’assists pourrait être bien supérieure. Précautionneux avec le ballon, il est parvenu à tenir un ratio assists/to minimal de 2 tout au long de sa carrière universitaire.

Ses qualités de rebondeur (toujours à plus de 6 rebonds de moyenne ces 3 dernières saisons) lui permettent de lancer le peu de contre-attaques des Wildcats (11ème pire équipe en nombre de points sur turnover), et ainsi gagner les quelques secondes nécessaires pour créer des décalages propres. JAG sort régulièrement de grosses perfs au rebond avec, par exemple, son match à 16 rebonds contre Richmond cette saison. Cette faculté à prendre des rebonds lui permet de compenser son manque de vitesse sur contre-attaque et aide son équipe à rester l’une des défenses les plus hermétiques de la NCAA sur seconde chance.

 

Peut-il shooter à haut niveau ?

Moins souvent mis en avant, sa capacité de scoring, bien que limitée par certains aspects, peut s’avérer excellente lorsque son agressivité est au rendez-vous. Capable de finir main gauche ou main droite avec la même efficacité, JAG n’a pas le fameux premier pas lui permettant d’espérer, un jour, devenir un scoreur élite et les défenseurs athlétiques le mettent souvent en difficulté. Il n’est pas rare de le voir être repoussé ligne de fond lors de ses pénétrations à 45°c.

Nous avons pu constater que les meilleures performances de sa saison au scoring ont été réalisées contre des petites équipes. Rappel non exhaustif : 28 points, 7 rebonds et 4 assists à 9/12 aux tirs (dont 6/8 à 3pts) contre Northeastern ou 27 points, 10 rebonds et 4 assists à 9/15 aux tirs (dont 4/9 à 3pts) contre George Mason. Et ses moins bonnes contre les meilleures équipes que Davidson ait eu à affronter (en début de saison certes) : 7 points, 5 rebonds et 0 assists à 2/8 aux tirs (dont 0/4 à 3pts) contre Marquette (principalement défendu par Sacar Anim) ou 7 points, 4 rebonds et 4 assists à 2/7 aux tirs (dont 0/2 à 3pts) contre Auburn (défendu par Samir Doughty). Et 2 défaites à la clé.

Globalement, c’est toute l’équipe de Davidson qui a eu du mal à se mettre au niveau des meilleurs cette saison. Aucune victoire de prestige et des défaites contre Auburn, Marquette, Temple, Dayton et Richmond (*2). Dès que le niveau des équipes affrontées s’est élevé, les Wildcats n’ont pas su résister (avec un bilan parlant de 0 victoire pour 8 défaites contre des Q1). Exception à la règle, une seule contre un Top 3 de l’A-10, à domicile face à Rhode Island et après prolongation, et une autre contre St-Louis, une des équipes les plus physiques de l’A-10 (avec son pivot massif Hasahn French ou son guard bondissant et ultra physique Jordan Goodwin).

Signe encourageant pour JAG, sa perf de fin de saison contre Dayton avec 20 points à 6/9 aux shoots dont 3/5 à 3pts. Avec un niveau d'agressivité offensive plus élevé en seconde mi-temps, le meneur est parvenu à mettre en difficulté Jalen Crutcher, finir au cercle après contact et mettre dedans à longue distance. Ses statistiques avancées restent excellentes sur la saison avec un True Shooting de 56% pour un USG de 24%. Avec la forme ascendante de son meneur islandais, c’est toute l’équipe qui évoluait à un meilleur niveau avant l’arrêt de la saison.

 

JAG reste toutefois un bon scoreur off the dribble et sa capacité à finir au cercle, notamment sur contre-attaque, est sous-estimée. Son petit péché mignon : dribble main gauche puis finition main droite en contournant son défenseur grâce à un dribble dans le dos ou un spin-move. Ce dernier n’implose pas au contact et sa capacité de finition au cercle est au-dessus de la moyenne. La qualité qui pourrait également lui être très utile dans le jeu européen est son jeu loin du ballon. C’est un joueur excellent dans ses coupes vers le cercle : à 45°c, via la ligne des lancers-francs ou sur la ligne de fond pour se démarquer à 3pts.

Shooteur de série, Gudmundsson peut prendre chaud sur un match. Capable de dégainer derrière l’arc distance NBA (et sans aucune hésitation), son match lors du premier tour de la March Madness 2018 contre une forte équipe de Kentucky (et sa floppé de joueurs NBA allant Shai Gilgeous-Alexander, Kevin Knox II, Hamidou Diallo à PJ Washington), avec 21 points dont 6 paniers à 3pts, reste une référence. JAG est toutefois bien trop irrégulier dans l’exercice. Signe inquiétant, ses pourcentages à 3pts connaissent une forte baisse depuis 3 saisons : 40,6% lors de l’exercice 2017/2018 puis 35,3% en 2018/2019 et enfin 33,7% cette saison. Son volume est en hausse (un shoot à 3pts de plus tentés par match) mais ne peut expliquer à lui tout seul cette baisse d’efficacité. Son shoot est droit (et non en arc de cercle) avec un geste lent qui part d’assez bas et ses pieds décollent très peu du sol. Tout ceci peut expliquer une partie de ses problèmes dès que le niveau d’intensité s’élève et que les défenses se font meilleures. Cette mécanique pourrait devenir problématique à très haut niveau. Inquiétude similaire avec un pourcentage de réussite aux lancers-francs passait de 82,6% à 76,9% cette saison avec un volume en légère baisse. Compte tenu de des limites évoquées précédemment, sa capacité à provoquer des fautes à ce niveau de compétition reste très bonne (près de 5 lancers-francs par match).

 

Faiblesses défensives

Mais ce qui l'empêche avant tout d’être considéré comme un “vrai” prospect NBA est son potentiel défensif. Pas aidé par des qualités athlétiques moyennes, Gudmundsson est globalement en difficulté lorsqu’il s’agit de défendre sur des petits meneurs et des meneurs athlétiques. On peut constater un manque de mobilité latérale et sa tendance à s’empaler dans les écrans adverses démontre également un manque d’agressivité défensive qui peut parfois lui être reproché. Son envergure et son intelligence de jeu lui permettent parfois de s’en sortir en coupant les lignes de passe à bon escient (plus d’un steal par match).

En somme, un des joueurs les plus complets de la NCAA avec une intelligence de jeu au-dessus de la moyenne mais aussi un des plus âgés (23 ans), un niveau de compétition affronté relativement faible (seulement le 92ème calendrier le plus dur de la NCAA pour Davidson) et des faiblesses impardonnables pour accéder à la NBA. Son profil semble toutefois parfaitement adapté au style de jeu pratiqué en Europe et sa signature chez les Skyliners de Francfort permettra d’en apprendre plus sur son adaptation au jeu européen et sa capacité à jouer les premiers rôles dans le championnat allemand (Francfort a terminé 7ème de la dernière saison).