Lorsqu'on parle de l'Espagne en basket FIBA, on sait qu'on a à faire à l'une des nation les mieux doté dans ses équipes de jeunes. La génération 02/03 revient d'une coupure de 3 ans sans compétition FIBA, en conservant 6 de ses membres et en comptant sur l'ajout d'une des vedettes des ligues jeunes européennes, Juan Nunez (04). Retour donc sur trois joueurs qui ont portés la sélection espagnole et, exceptionnellement, une déception.

 

Après une entrée dans la compétition poussive, défaite d'un point en ouverture contre l'Argentine, victoire d'un point en prolongation face à la France dans un match à faible score (69-68), les ibériques ont montré de belles choses dans les matchs couperets. Face à l'Australie de l'élégant Dyson Daniels, la Roja a montré qu'elle était techniquement supérieure. Insuffisant face à une sélection canadienne bien trop physique qui finit avec le triple de lancers-francs provoqués.

 

Deux ailiers leaders

 

Ruben Dominguez (03) / Movistar Estudiantes (LEB Oro - D2) / SG

Stats compétition : 18.7 PTS, 43.1%FG dont 34.3% à 3pts (9.6 tentatives par match), 2.4 AST, 1.3 TOV

On ne peut que commencer avec la star annoncée de cette génération : Ruben Dominguez. Médaillé d'or en 2019, l'ailier évolue avec le club madrilène de Estudiantes, où il côtoiera cette année les français Edwin Jackson et Darel Poirier pour la première saison du club en deuxième division depuis une éternité. Récemment, JJ Redick expliquait dans un podcast avec Mathisse Thybulle (coeur sur lui) que pour avoir sa place en NBA il fallait savoir faire une ou deux choses et les faire extrêmement bien. Dominguez l'a bien compris et ne va pas se faire prier pour arroser à longue distance comme le faisait le néo retraité des Mavericks. Un tout petit peu moins de 10 (!!!) tentatives de loin par match, 34.5% de réussite et un match contre l'Australie qui m'a fait tomber en amour avec ce bombardier fou : 6 tirs à trois points, 6 réussites, quasiment tous en catch & shoot, quasiment tous à la distance NBA, parfois avec un side-step ou un step-back. Bien sûr, pour espérer avoir un avenir au plus haut niveau européen ou de l'autre côté de l'Atlantique il faut aussi être capable d'être dangereux sur d'autres niveaux. Dominguez fini à 55% aux tirs à 2 points, en utilisant souvent son stop & shoot en tête de raquette face aux grands après pick & roll. Pas encore un initiateur offensif en tant que porteur de balle, on voit de belles bases d'utilisation du PnR et à la passe. Finalement, le plus gros axe de progression par rapport à ce qu'on a vu cet été sera la sélection de tirs et la capacité à impacter le jeu sans shooter chaque ballon qui lui arrive dans les mains. J'espère voir l'andalou prendre en muscles et améliorer son passing game en seconde division pour espérer une draft late first/early second round d'ici deux ans.

 

Milan Jimenez (02) / Valencia Basket (ACB + EBA) / SG/SF

Stats compétition : 14 PTS, 43.5%F G dont 37.1% à 3 pts, 5.7 RBD, 2.3 STL

Jimenez était un joueur attendu, de par son âge et son passé (très vite surclassé dans les catégories jeunes en club) et par sa capacité à évoluer sur les trois postes arrières. Pensionnaire des équipes jeunes de Valence depuis trois ans, il évolue en parallèle en 4 ème division (Liga EBA) où à 18 ans il tournait à 20 points à 70% en 11 matchs. J'ai particulièrement apprécié son énergie sur le terrain et son rôle de joueur all around : même s'il n'est pas le plus épais (en comparaison avec certains joueurs français et canadiens) il pourra aussi bien punir derrière la ligne à 3 points que venir batailler au rebond offensif et au poste bas, puis finir avec contact. Le jeune espagnol a un vrai tempérament de leader et a su se transcender face aux équipes plus fortes en théorie que la sienne : il fini à 17, 16 et 24 d'évaluation face à la France, l'Australie et le Canada. Le shoot doit encore être travaillé, malgré un jolie fouetté et une belle rotation en l'air, l'arc de cercle est parfois trop plat. Un défaut qui se voit aussi aux lancers-francs, avec une mauvaise utilisation des jambes et un petit 68.8% sur la ligne de réparation. Il faudra aussi apprendre à se canaliser et ne pas partir tête baissée, sortir de cette "tunnel vision" qu'il a pu avoir et  être un guard pouvant évoluer sur toutes les positions de la ligne arrière face à des adultes.

 

Pas le meneur qu'on attendait

 

Guillem Ferrando (02) / Valencia Basket (ACB + EBA) / PG

Stats compétition : 8.4 AST, 40.6% 3FG (1.9/4.6) ,4.6 AST, 3.1 TOV

Autre transfuge de la formation valencienne, Ferrando n'était pas le meneur qu'on pensait voir le plus briller lors de cette compétition. Lui aussi évolue avec l'équipe de Liga EBA de Valence depuis 2018, faisant de lui l'un des plus jeune meneur du championnat et parmi les meilleurs marqueurs et passeurs à son poste (en 2020/21, 13 matchs pour 13 pts et 5 passes décisives). On appréciera sa capacité à poser et distribuer le jeu lorsque les autres préfèrent enchaîner les contres-attaques. Doté d'une bonne vision, il finit le tournoi à 4.6 assists/match (3ème meilleur total) avec un pointe à 6 passes face à l'Australie et la pieuvre Daniels. Malgrès son bon tournoi je vois mal Ferrando réussir à s'imposer en ACB, d'une part car son physique (1.86m) risque de vite le limiter. Bien qu'il ait de bons pourcentages à 3 points sur la compétition, son apport au scoring (8.4 pts/match) est limité à des shoots en catch & shoot et une faible capacité à créer des décalages ou attaquer la raquette balle en main. À 19 ans, il a encore du temps pour se développer et devenir un solide joueur de BCL/Eurocup.

 

La déception

 

Juan Nuñez (04) / Real Madrid (ACB + Liga EBA) / PG

Stats compétition : 7.3 PTS, 35%FG 0/10 3FGA, 61.9% LF, 2.9 AST, 2.9 TOV, 1.4 STL

S'il y'a bien un joueur qui m'a déçu c'est Juan Nuñez, dont nous vous avions pourtant dit du bien lors de son ANGT 2021, et je dois avouer que son match contre le Canada me fait regretter de faire cette critique de son tournoi. Ses statistiques ne le montrent pas, mais il a montré un visage complètement différent lors de ce match face à une équipe clairement meilleure que la sienne. Avant tout, rappelons que, comme Wembanyama, Juan qui est né en 2004, évoluait une catégorie au-dessus de la sienne. Oui ses adversaires et coéquipiers avaient plus d'expérience et peut être un physique plus avancé (Nuñez est quand même bien doté physiquement) mais cela n'explique pas son incapacité à ne pas pouvoir évoluer dans un collectif 75% du temps. Je commencerai pas les critiques sur son jeu, car je veux souligner qu'il a pu montrer de très belles choses. Ses deux premiers matchs m'ont énormément déçus, notamment car le madrilène avait décidé qu'il allait être un scoreur et étaler sa collection de moves : cross, spin, fadeaway... Malheureusement on l'a beaucoup trop vu forcer ces actions, bien qu'elles soient très bien exécutées, la finition n'était tout simplement pas là. Ce qui m'a le plus choqué, c'est de le voir jouer parfaitement le PnR, provoquer des mismatchs et tenter des one leg fadeaways face à des intérieurs de 2m05. Alors qu'il tourne à plus de 6 passes décisives avec les jeunes du Real Madrid, il fini à 2.9 AST/match et autant de balles perdues. C'est regrettable quand on voit sa compréhension du jeu sur PnR, dans lequel il peut utiliser à merveille sa taille (1.90m). Que retenir de positif ? Nuñez est un génie pour se créer des shoots, sous le panier, après PnR, ou à mi-distance. Un dribble de haut niveau, une capacité à split les défenses hautes sur PnR, et une belle vision périphérique. S'il ajoute du muscle il pourra aller se frotter plus souvent aux adversaires sur pénétration et finition au cercle. Le plus gros point noir est sa capacité à améliorer son shoot à longue distance, mais on peut faire confiance au staff de son club pour le faire progresser.