Avec les universités les plus prestigieuses qui attirent les meilleurs joueurs des mid-majors dans leurs filets grâce au portail des transferts et aux NIL, ces dernières ont dû aller chercher en Juco, en deuxième division, voire même en 3ème division pour faire leur marché. Cela a donné des belles histoires avec plusieurs joueurs pas forcément destinés au haut niveau, et c'est le cas ici pour Bennett Stirtz. Absolu no name il y a trois ans, le jeune homme a joué pendant deux ans dans son fief du Missouri pour la modeste équipe de Northwest Missouri State en Division II, sous les ordres de Ben McCollum. Si je mentionne le nom de ce coach, ce n'est pas par hasard car celui-ci va être important pour notre joueur, et sera recruté par la fac de Drake après 15 années passées en deuxième division dans cette petite fac. Il emmène donc avec lui le jeune Bennett pour mener son équipe dans un programme qui enchaîne les résultats honorables en mid-major. Et la réussite est immédiate : 31 victoires et 4 défaites pendant la saison 2024-2025. Stirtz, lui, finit la saison avec 19 points de moyenne et des % en 50-40-80 en jouant 39,4 minutes en moyenne (matchs de 40 minutes en NCAA !!). L'histoire est déjà belle, mais Ben McCollum est une nouvelle fois sollicité, et s'en va au bout d'une année seulement, direction Iowa dans l'une des meilleures conférences du pays. Encore une fois, il y ramène son protégé. Et Bennett ne déçoit toujours pas, et emmène une deuxième fois d'affilée son équipe en March Madness où il brillera en éliminant notamment le tenant du titre, Florida. Une belle petite carrière universitaire.

« Ben » est un meneur de jeu qui a toujours eu les responsabilités offensives de son équipe avec une très grosse utilisation (27% USG à Iowa). Malgré cela, il reste un joueur très propre et qui prend soin du ballon, en jouant avec beaucoup d'efficacité et peu de déchet. Loin d'être un joueur hyper athlétique, bondissant ou « dragster », on est plutôt sur un joueur cérébral qui fait briller son sens du jeu sur demi-terrain. Il aime ralentir le jeu et s'appliquer à ce qu'il sait faire avec brio : le pick&roll. Pas un passeur spectaculaire, il est cependant efficace et polyvalent dans cette qualité. Sur short roll, sur passe lobée, sur kick, sous le cercle, ou encore sur simple décalage, il est capable de servir ses coéquipiers dans des conditions idéales en multipliant les bonnes lectures et les bonnes décisions avec un excellent timing, tout en perdant peu de ballons. Le Hawkeye finit la saison en dessous des 11% de pertes de balles tout en étant à 25% de passes décisives, ce qui en fait le seul joueur parmi les autres prospects avec ces stats, aux côtés de Darius Acuff. Pourtant il joue un nombre de minutes énorme, avec presque 38 minutes par match, pour deux petites minutes sur le banc. Un faible total de perte de balles et une aisance sur PnR qui soulignent son bon handle.

Le gros bémol de Stirtz est son manque d'explosivité sur son premier pas. Même s'il apparaît comme un faux lent, il a énormément de mal à se débarrasser de son vis-à-vis qui l'empêche d'exploiter pleinement ses qualités au playmaking. Ce manque le rend très très dépendant d'un poseur d'écran pour lui permettre d'avoir le court devant lui et plus de confort dans ses lectures.

Mais là où son pick&roll est particulièrement dangereux et compliqué à défendre, c'est que Bennett est un shooteur fantastique. Car faire le choix de lui laisser un peu trop d'espace pour empêcher la passe, c'est s'exposer à une sanction immédiate, que ce soit sur mid-range ou à trois points. Pour parler stats, Stirtz a fini la saison à +de 60%TS. Mais ce qui est impressionnant, c'est que seulement 45% de ses 3 points rentrés sont assistés. Et cela est le cas aussi sur ses paniers au cercle (30%) et sur mid (11%). On l'a dit, ce n'est pas le plus athlétique et explosif, mais il n'a vraiment pas besoin de beaucoup d'espaces pour dégainer. Ainsi, on le voit beaucoup créer son tir sur step back, ou tenter sa chance en pull up après un seul petit dribble. En plus, dans un système de jeu avec beaucoup de déplacements à Iowa, on l'a vu aussi capable de jouer sans ballons et effectuer des courses pour se trouver en situation de tir. Encourageant à voir pour sa projection NBA où il aura besoin de se montrer utile sans ballon, surtout avec une défense limitée qu'est la sienne, où il se fera certainement ciblé à cause de ses difficultés à défendre sur l'homme. Enfin, malgré une vitesse balle en main average et un manque de pop vertical, Stirtz affiche un surprenant mais impressionnant 70% de réussite au cercle. Cela peut s'expliquer par son côté très crafty et son sens du jeu. Ses changements de vitesses sont efficaces, il ne se jette pas n'importe comment au cercle, en faisant briller son footwork et sa capacité à trouver les bons angles.

A 23 ans, Bennett Stirtz apparaît comme un contributeur immédiat en NBA grâce à sa polyvalence offensive, son QI basket et son efficacité sur pull up. Capable aussi de jouer off ball sur séquence, on l'imagine d'abord gérer le second unit d'une équipe NBA. Son niveau en défense sera aussi le baromètre de sa réussite, car s'il sera limité sur l'homme, il a les capacités et l'intelligence d'être utile off ball de ce côté- là du terrain, avec des mains actives qui ont fait de lui un très bon voleur de ballon en NCAA. En tout cas, de la DII à la mid-major, et de la mid-major à top conférence, le garçon a répondu présent à chaque fois que le niveau s'est élevé.

Projection : deuxième partie du premier tour.