C’était le premier tournoi d’un peu plus d’un mois de compétition en Europe au niveau U18. Du 25 au 27 février, Belgrade recevait l’Adidas Next Génération Tournament. Au programme 16 matchs entre : l’ASVEL, l’Adidas Next Génération Team (composée de 12 talents serbes, bosniens, croates ou encore turques), Tofas Bursa, Lietkabellis, Valence, le Partizan et l’Etoile Rouge Belgrade. Retour sur trois jours de tournois avec l’ensemble des joueurs qui ont attiré notre attention. A noter que le MVP du tournoi, Killian Malwaya (ASVEL), a déjà eu son Scouting Report détaillé ici.

 

Zaccharie Risacher (ASVEL) : Poste 3 (2005)

Annoncé avant le tournoi comme le meilleur prospect présent à Belgrade, Zaccharie Risacher a connu une compétition en demi-teinte. Si l’ASVEL a remporté cet ANGT, le prospect français s’est blessé (cheville puis genou), a parfois été en difficulté au tir, avant de rater la finale. Cependant, l’ailier reste selon moi, le meilleur prospect du tournoi et a montré une dureté, une belle force mentale dans l’adversité.

La palette offensive de Risacher semble en effet s’améliorer de mois en mois. Tous les progrès visibles en Espoirs cette saison à la création ont pu être vu, notamment sur les deux premiers matchs, quand Risacher était à 100%. Prises de décision balle en main sur attaque placée, initiations sur Pick-&-Roll, on a vu un joueur qui lit mieux les défenses et qui montre de vrais progrès dans le jeu pour les autres. En difficulté sur le tir extérieur (1/12 en 3 rencontres), il a été parfois trop cantonné à un rôle de shooter : comme Houinsou, Parmentelot et Yaacov ont beaucoup joué, la création était plutôt confiée à ces joueurs et on avait besoin du spacing de Risacher. Mais même en panne d’adresse, le jeune tricolore a montré des flashs au scoring, notamment au niveau du mid-range.

Défensivement, on a un joueur intelligent, qui sait bien utiliser sa longueur et son QI pour être positif de ce côté du terrain. Dans une équipe qui a joué très petit, la longueur de Risacher a été importante lors des premiers matchs, et le joueur a montré de vraies qualités de combat. Il doit progresser sur certains aspects, notamment la défense homme-à-homme au poste.

 

Sergio De Larrea (Valence) : Poste 1-2 (2005)

Un des plus jeunes joueurs de l’effectif espagnol, le meneur Sergio De Larrea était pourtant l’un des deux maîtres du jeu valencien, avec Lucas Mari. Il a terminé le tournoi avec une ligne statistiques impressionnante : 17.5 points, 8.5 rebonds, 5.5 passes et 2 interceptions. Le seul hic visible, ses 6.5 pertes de balles de moyenne sur les quatre rencontres (26 au total).

Dans le jeu, l’espagnol est tout aussi impressionnant que ses statistiques le laisse entendre. Grand meneur de jeu, capable également d’évoluer en tant qu’arrière, voir même ailier chez les jeunes, Sergio De Larrea a montré une grande palette offensive, notamment à la passe. Sans doute LE point fort du valencien. L’espagnol a montré qu’il savait passer de différentes manières : une main, deux mains, gauche, droite, direct, au sol, avec de l’effet. Et tout ça, à l’arrêt comme en course. Il lui reste cependant à tenter moins de passes difficiles. Une envie de trouver le bon coéquipier qui mène à un nombre astronomique de pertes de balles. Le point noir de son tournoi. Toujours en attaque, le tir est l’autre force de Sergio De Larrea. La forme est correcte, tout comme les pourcentages (excepté à trois points, avec un 4/15). L’espagnol peut tirer de n’importe où sur le terrain et de manière diversifiée. Durant le tournoi, on l’a observé prendre des pull-up à mi-distance et à trois points, mais aussi du catch-and-shoot. La marge de progression se trouve surtout dans la création pour soi et de son tir, ainsi que dans l’attaque du cercle. Le voir cet été dans un autre contexte avec la sélection espagnole sera intéressant.

En défense, c’est moins ça. Il donne tellement en attaque que la défense passe au second plan. Si il est fort du haut du corps, sa défense sur l’homme est totalement à revoir. Souvent trop près de son défenseur, un pas, même lent, et le voilà dépassé. Toutefois, il est un peu meilleur sur la défense loin du ballon. En témoigne ses deux interceptions de moyenne. Son activité sur l’homme et sur les lignes de passe lui permet de combler son manque sur l’homme. Pour synthétiser, Sergio De Larrea est un fort passeur, capable de mettre dedans de n’importe où mais qui est encore un peu soft et en manque d’endurance (il a plusieurs fois demandé à souffler à son banc) dont la défense est perfectible.

 

Bogoljub Markovic (Mega) : Poste 4/5 (2005)

En l’absence de Nikola Djurisic, qui jouait avec la sélection serbe les matchs de qualifications au Mondial 2023, on peut voir en Bogoljub Markovic le prospect le plus intéressant de Mega sur cette compétition. D’ailleurs, on peut également stipuler que l’absence de Djurisic a énormément influé le tournoi de Markovic, le faisant jouer hors de position et dans un rôle ne le mettant pas totalement en valeur. Mais, même sans un guard play correcte, Markovic a vraiment impressionné les scouts présents à Belgrade.

Offensivement, voir un joueur de cette taille bouger de cette manière et tirer de cette façon reste impressionnant, notamment bord terrain. Capable de passer/dribbler/shooter à plus de 2.05, le serbe a montré un vrai bras (2/5 à 3pts sur la compétition) et un vrai œil (6 ASTS sur les deux premiers matchs). Obligé d’initier certaines actions par manque de solides meneurs, Markovic est aussi un joueur qui va au charbon, ne refuse jamais le contact. Même dans la défaite face à l’ASVEL, il a continué à y aller, avant de sortir très influencé émotionnellement. Avec un meneur de qualité, on aurait vu plus de situations de Pick-&-Pop, plus de prises de décisions sur short-roll également. C’est dommage, mais ça donne envie de le revoir très vite dans un autre contexte offensif.

Défensivement, Mega jouait tout le temps avec deux grands, et Markovic ne protégeait pas tout le temps le cercle. Le serbe est long, grand et fin, et je pense qu’il va encore grandir, ce qui est excitant pour son profil défensif. Par moments soft aux rebonds, je pense qu’il peut devenir un solide défenseur du cercle, et si le tir extérieur suit son développement, on aura un joueur extrêmement intéressant dans le monde professionnel.

 

Filip Jović (Next Gen Team) : Poste 4 (2005)

Dans une équipe où il ne connaissait que Zinedin Mulić, dont il est le coéquipier au Spars de Sarajevo, les débuts ont été compliqués pour le jeune intérieur. Il a terminé le tournoi de Belgrade avec une moyenne 11.5 points accompagné de 3.8 rebonds et 1.5 passes. Filip Jović a surtout attiré l’oeil de part son physique.

Bien tanké pour son âge mais pas encore finit, il a été ultra dominant au poste-bas. Aucun des joueurs dans les sept autres équipes n’a pu l’arrêter lors des quatre rencontres qu’il a joués. Impressionnant dans la prise de position, notamment. Une fois en place à l’entrée de la raquette sous la cercle, c’était terminé pour l’adversaire, ça faisait deux points ou la faute. Ou les deux. Il termine à 62% de réussite à deux points. Dans le reste de l’attaque, c’est un peu plus brouillon. Notamment parce que le tir n’est pas encore ultra développé. S’il a tenté quelques trois points sur les trois jours, la réussite n’était pas au rendez-vous (0/4). C’est là, sa plus grosse marge de progression si il veut être encore plus dominant dans le futur.

En défense, il s'est occupé uniquement des intérieurs adverses. Souvent correctement. Désormais, il reste à savoir s’il pourra, à terme, s’aventure à s’occuper des postes trois voir des autres postes extérieurs. En clair, Filip Jović est, pour le moment, un poste 4 athlétique, puissant qui va encore grandir et prendre de la masse, qui est dominant au poste-bas face à des joueurs de son âge et dont le tir n’est pas encore dans son artillerie. Il doit continuer de travailler sur ce dernier et doit avoir une progression en défense pour devenir encore plus intéressant.

 

Lucas Mari (Valence) : Poste 1-2 (2005)

L’autre diamant de l’équipe espagnole c’est lui, Lucas Mari, l’extérieur né en 2005. Comme son coéquipier Sergio De Larrea, Mari est un joueur capable de tout faire en attaque, un joueur superbe à voir jouer et très fluide balle en main. On l’a aussi vu très vocal, toujours à encourager et motiver ses coéquipiers.

En attaque, si De Larrea possède une capacité de scoring plus élaboré, Mari a impressionné par sa maitrise et ses bons choix (24ASTS/3TO en 4 matchs), étant capable de créer magnifiquement en transition et sur demi-terrain. Renversements à une main sur Pick-&-Roll, passes main gauche à l’aveugle, l’espagnol a vraiment régalé les observateurs présents. Bon dans le drive-&-kick, Mari a aussi pu peser en transition, avec une équipe de Valence qui courait beaucoup. Le tir était peu en réussite, mais les flashs à mi-distance sont rassurants, tout comme le jeu intermédiaire (flotter/leaner), qui illustre un très bon toucher (tout comme son 7/8 aux LF).

Défensivement, Mari sent le jeu. Très à l’aise en chasseur loin du ballon, ses yeux sont toujours actifs, il coupe très bien les lignes de passes. Musculairement plutôt développé sur le haut du corps, il tient les duels, peut contenir des joueurs de sa taille sur pénétration. Il ne sera jamais un défenseur dominant, mais en terme de défense collective, le prospect ibérique sera un vrai soldat. Sa mentalité se retrouve également dans son jeu défensif : très vocal, il communique tout le temps et replace ses coéquipiers. A revoir rapidement en FIBA pour confirmer tout le bon entraperçu à Belgrade.

 

Berke Buyuktuncel (Tofaş Bursa) : Poste 4 (2004)

Déjà bien connu des scouts dans la salle de part ses participations aux tournois FIBA et ses deux précédents passages à l’ANGT, Berke Buyuktuncel a montré ce qu’il savait faire dans une équipe dans laquelle il était clairement le meilleur joueur et prospect. Il termine troisième du tournoi avec Tofas et une ligne statistique affichant 10 points, 3.4 rebonds, 1.5 passes et 2 interceptions de moyenne.

Offensivement, Berke Buyuktuncel a tout du poste 4 moderne. A Belgrade, le jeune turc a montré qu’il pouvait tirer à mi-distance ainsi qu’à trois points, que ce soit en pull-up, en catch-and-shoot et en sortie d’écrans. Il ne lui manque plus que la réussite (2/10 à trois points) mais le 13/19 aux lancers-francs est une lueur d’espoir. Il s’est aussi, par moment, occupé de monter la balle et même d’initier les attaques de son équipe. Il s’est même permis de faire de bonnes passes. Un véritable couteau-suisse.

Défensivement, on a surtout vu de l’envie. Le match contre l’Etoile Rouge est le parfait exemple. Mené de 20 points, Berke Buyuktuncel défendait comme si il y avait une possession d’écart à 30 secondes de la sirène. De ce côté du terrain, il s’est naturellement occupé des intérieurs mais sur certaines attaques adversaires il s’est permis d’aller chercher des joueurs plus rapides et vifs que lui et même le porteur de balle. En conclusion, un poste 4 moderne, dont la marge de progression est présente dans plusieurs compartiments du jeu (initiation, passe, tir...) et dont le comportement défensif est au top.

 

Zinedin Mulic (Next Gen Team) : Poste 3 (2004)

Membre de l’équipe de prospects des Balkans dirigée par Vassilis Spanoulis, Zinedin Mulic a vraiment effectué un excellent tournoi. Ailier placé aux côtés de forts porteurs de balles, il avait pour rôle de défendre, mettre dedans de loin et bouger sans ballon. On a vu tout çà sur ses 4 matchs, mais on a aussi vu un joueur au bon 1er pas, un joueur disposant de réelles qualités athlétiques. J’ai été vraiment impressionné par son explosivité et sa capacité à attaquer les close-out.

En attaque, le tir extérieur reste l’arme principale du joueur du Spars Sarajevo. En 4 rencontres, Mulic a très bien tiré (8/21 à 3pts & 14/15 aux LF), et de manière différente. A la réception de passes sur drive-&-kick, Mulic a aussi montré une capacité à shooter en sortie de dribble, et cela sans perdre de fluidité. Capable aussi de créer ou d’être fonctionnel à la passe, le bosnien reste tout de même pour le moment un joueur de fin de chaîne. Ce n’est pas négatif, mais comme il était l’un des plus anciens du tournoi, la marge de progression reste moins importante que chez d’autres prospects.

Défensivement, Mulic est un vrai soldat. On lui a demandé de beaucoup naviguer loin du ballon, suivre les shooters à travers les écrans et même aider aux rebonds. Son équipe jouait souvent très grand, et Mulic jouait quasiment tout le temps au poste 3. On peut l’imaginer glisser en 4 défensivement, surtout car, par son shoot extérieur, il pourrait renforcer le spacing de son équipe. De plus, ses qualités athlétiques et sa latéralité ont été mises en valeur des deux côtés du terrain, avec un joueur qui a été capable de contenir les drives. A revoir très rapidement en Ligue Adriatique U19 ou en FIBA l’été prochain avec la Bosnie-Herzégovine.

 

Aleksa Milenković (Mega) : Poste 4-5 (2004)

Pratiquement le plus ancien de l’effectif de Mega, Aleksa Milenković participait à son second ANGT. Joueur de l’ombre et de rôle, il termine ce tournoi avec 12.5 points, 7 rebonds et 2 contres de moyenne sur les quatre rencontres jouées.

Aleksa Milenković n’est pas le joueur le plus flashy mais sait ce qu’il doit faire et apporter à son équipe. Solide et puissant sous la panier, l’intérieur domine sous le cercle et au poste bas dans cette catégorie d’âge. Doté d’un footwork intéressant et fluide dans ses mouvements, il parvient bien à se frayer le chemin du cercle. Toutefois, il a des difficultés lorsqu’il faut terminer avec du contact. Le Serbe n’arrive pas à se désaxer pour éviter le défenseur une fois en l’air. Quelque chose qui peut être un red-flag pour certains scouts ou équipes. Le handle n’est pas non plus un de ses points forts. Tout comme le tir. Capable de shooter, la fiabilité est loin d’être présente et le 51% aux lancers-francs ne va pas dans son sens pour une progression dans le futur. Pourtant, le Serbe a pris des trois points dans le tournoi. Sa progression dans ce domaine est à suivre.

Défensivement, Milenković tient le coup. Solide au poste-bas, il faut que son vis- à-vis y aille fort pour le battre ou le contourner. Hélas, hors de la raquette, c’est un peu plus difficile. Il est difficile de le voir s’aventure défendre sur les postes extérieurs dans le futur. Il devrait sûrement s’occuper des intérieurs adversaires. Pour synthétiser, le Serbe est un poste 4 solide, qui va au mastique, mais qui n’est pas encore capable d’étirer le jeu en tirant. C’est un joueur qui devra être associé à un poste 5 pouvant s’écarter afin de pouvoir jouer dans les meilleures conditions.

 

Rokas Jocys (Lietkabelis) : Poste 1-2 (2004)

Au sein d’une équipe plutôt mauvaise de Lietkabelis, le rayon de soleil offensif fut Rokas Jocys, le porteur de balle lituanien. Jocys joue cette année plus de 22mins de moyenne en 2ème division lituanienne, et aura 18ans dans quelques semaines. Cible potentielle pour des écuries NCAA, l’ancien pensionnaire de la Stella Azzurra a mis 102pts en 4 matchs, scorant avec aise lors des 4 matchs.

Excellent shooter extérieur (14/38 à 3pts & 10/12 aux LF), Jocys a pris pas mal de tirs complexes, notamment de longs pull-up. Capable aussi de shooter en mouvement, en sortie d’écran ou en s’arrêtant en transition, il possède un vrai bras, et un bras qui devrait lui permettre, au minimum, un rôle de spécialiste chez les professionnels. Jocys possède un excellent toucher, et on a vu aussi qu’il était capable de marquer dans la zone intermédiaire, sur flotter... Mais le lituanien était aussi le meilleur playmaker de son équipe, et cela avec une belle efficacité (24ASTS/12TO en 4 matchs). Capable de jouer du Pick-&-Roll et de manipuler visuellement les défenses adverses, il ne possède pas un premier pas tranchant, mais sait bien faire des choses simples. On voit qu’il joue en professionnel depuis quelques mois. Défensivement, il n’a pas énormément influé, et cela car le coach essayait au maximum de le reposer de ce côté du terrain.

 

Nikola Topić (Etoile Rouge Belgrade) : Poste 1 (2005)

Leader de l’effectif de l’Etoile Rouge, Nikola Topić effectuait son troisième ANGT sous les couleurs du club de la capitale serbe. Meneur et initiateur, le jeune serbe a été sur courant alternatif sur ce tournoi. Il compile 10,3 points, 6 passes et 3.3 rebonds.

Expérimenté dans ce type d’événement, Nikola Topić n’a pourtant pas été le meilleur dans le tournoi du côté de l’Etoile Rouge. S’il sent et comprend très bien le jeu lorsqu’il est en attaque, il a durant l’ensemble du tournoi perdu beaucoup de ballons bêtement. Pourtant son jeu est loin d’être à risque. Un gestionnaire d’attaque capable de faire des passes différentes et très dans la création pour les autres. Et très intéressant dans le Pick-and-Roll et pop. L’initiation pour lui est, au contraire, plus compliquée. Le principal hic de son jeu offensif reste le tir. Si la gestuelle reste correcte sans être top, c’est surtout la forme qui complique les choses. La trajectoire est trop plate et l’empêche, notamment, de pouvoir diversifier son tir. Il est donc surtout utile loin du cuir et en catch-and- shoot. À voir si dans le futur il pourra corriger cela et développer sa palette offensive.

Défensivement, il n’a été ni bon, ni mauvais. Son principal problème restera la non-polyvalence. Il ne pourra défendre que sur les extérieurs. Pour synthétiser, Nikola Topić est un meneur avec une bonne compréhension capable de créer pour les autres et un peu moins pour lui. Et dont le tir doit s’améliorer pour pouvoir diversifier son jeu.

 

Mentions honorables : Lazar Djokovic (Etoile Rouge Belgrade) ; Luka Vudragovic (Etoile Rouge Belgrade), Luka Krajnovic (Next Gen Team), Viktor Mikic (Partizan), Samet Yigitoglu (Next Gen Team), Kymany Houinsou (ASVEL)...