Après Belgrade et Patras, la troisième étape de l’ANGT 2022 se déroulait le week-end passé à Varese, dans le nord de l’Italie. Une étape marquée du sceau tricolore, avec la victoire de l’INSEP et la performance de Zacharie Perrin, élu MVP de la compétition. Retour sur les profils de prospects nous ayant le plus marqué sur place.

 

Rayan Rupert (INSEP) : Poste 2-3 (2004)

Le Pôle France était l’équipe attendue de ce tournoi de Varese. Et Rayan Rupert le joueur que les scouts voulait observer. Auteur d’un tournoi mitigé, l’arrière français a terminé avec 12.5 points, 2.8 rebonds, 3.5 passes et 4 interceptions par match. Un tournoi qui s’est terminé sur un goût d’inachevé, après une finale contre l’équipe Next Génération compliqué (9 points à 4/13, dont 0/10 à la mi-temps, 5 passes, 1 faute provoquée). Raison pour laquelle il n’a pas été nommé dans le cinq de la compétition. Muselé par Leonardo Marangon, il n’a pas réussi à avoir l’influence offensive des précédents matchs.

Sur le reste de l’événement, Rayan Rupert s’est montré à son avantage par sa capacité à marquer à mi-distance et à écarter le jeu balle en main. La prochaine étape dans son développement sera l’attaque du cercle. Une partie du jeu dans laquelle l’arrière est en difficulté. Sur ses 4 matchs, il n’a que très rarement su s’ouvrir le chemin du panier alors qu’il dominait l’ensemble de ses adversaires directs, ni même provoqué des fautes (9LF tentés en 4 matchs). Défensivement, Rupert à l'ensemble des outils. Polyvalence, l’envergure est immense et la latéralité est présente. Très peu d’adversaires ont pu passer/prendre l’avantage sur lui durant ce week-end italien.

 

Jordi Rodriguez (Badalone) : Poste 2 (2004)

Déjà vu avec l’Espagne l’été passé à l’EuroChallenger U18 ou à Noël au tournoi Fred Olsen avec Badalone, Jordi Rodriguez était de retour avec son club sur la scène européenne. Shooter rare, il était intéressant d’observer l’espagnol en tant que leader offensif de son équipe, avec notamment ses progrès à la création. Extérieur de grande taille, le joueur de Badalone était l’un des profils les plus scrutés en Italie.

Si on regarde le profil statistique du tournoi de Rodriguez, il a pris plus de 60% de ses shoots à 3pts (pour 44% de réussite), ce qui est rare pour un joueur ayant beaucoup le ballon en attaque. Capable d’énorme coups de chaud (la 2ème mi-temps face à la Next Gen Team était incroyable à vivre dans la salle), Jordi prend des tirs compliqués, après dribble, un voir deux mètres derrière la ligne, en déséquilibre... Son bras est rare, et le voir être déjà capable de maitriser tous les types de tirs (catch-&-shoot, pull-up après dribble, stagger...) est encore plus rare à son âge. L’espagnol doit par contre progresser sur d’autres aspects de son jeu. Il n’a shooté qu’à 7/21 à 2pts, avec un joueur qui ne finit pas très bien au cercle et qui a même du mal y accéder. En outre, il n’est pas encore très à l’aise à l’initiation sur demi-terrain, contrairement en transition, où son œil fait des ravages. On regrette l’absence d’un vrai meneur à ses côtés, mais ces deux axes de progression pourraient clairement le mettre encore plus sur les radars NBA.

 

Zacharie Perrin (Next Gen Team) : Poste 5 (2004)

Titulaire au poste 5 sous Vasilis Spanoulis, dans le cinq de la compétition et MVP de la compétition, Zacharie Perrin a connu un très bon tournoi. Le joueur d’Antibes a conclu son week-end italien avec 17.7 points et 10.7 rebonds de moyenne. Actif et puissant, l’intérieur français a dominé ses adversaires sous le cercle. Le duel face au Pôle France était attendu pour le voir face à Wilson Jacques. Un match dans le match qui a tenu ses promesses et montré la marge de progression du joueur d’Antibes au niveau du footwork et de la finition contre des joueurs puissants.

Le tir doit aussi progresser. Sur le tournoi, Zacharie Perrin a montré qu’il pouvait être une cible intérieure et extérieure pour son meneur. Notamment en Pick-&-Roll et Pick-&-Pop. La réussite n’a pas toujours été au rendez-vous, mais le fait de tenter des tirs à mi-distance et à 3pts est une bonne chose pour la suite. En défense, la bonne chose a été de le voir tenir le cap face à des joueurs extérieurs, notamment en finale contre le Pôle France. Sous le panneau, il a fait le job face à une adversité moyenne.

 

Noah Penda (INSEP) : Poste 3-4 (2005)

Par moments dominant en NM1 avec l’INSEP depuis le début de saison 2021-2022, Noah Penda était le 6ème homme de l’équipe française sur la compétition. Le français n’en était pas pour autant moins influent que les titulaires, et on a vu à Varese ce qu’on observe depuis quelques mois déjà : Penda est le joueur collectif ultime, qui fait toutes les petites choses pour faire gagner l’équipe et influe sur le jeu dans pléthore de domaines.

Plutôt costaud pour sa taille, Noah Penda est un joueur très porté sur le drive, très agressif vers le cercle. Pas toujours le plus fluide balle en main, il fait par moments penser à Talen Horton-Tucker sur les drives, avec un joueur très long, doté d’un excellent jeu de jambes et qui possède des changements d’appuis brutaux. Ce footwork lui permet de faire sauter ses adversaires, pour ensuite finir au panier. Agressif aux rebonds offensifs (14 en 4 matchs), Penda est aussi un passeur intéressant. Le shoot est en travail (1/6 à 3pts & 7/15 aux LF sur la compétition), avec une mécanique pas toujours très naturelle. Défensivement, Penda a montré tous ses talents de playmaker (12 interceptions sur le tournoi) et d’instinct. Dur sur l’homme, bon dans les aides, Penda fait souvent le jeu juste, et à son âge, ce n’est pas tout le temps le cas en défense pour tout le monde. Solide dans les quelques (il n’y en a pas eu énormément) moments chauds, on a très hâte de voir la prochaine étape de la carrière du prospect français.

 

Ruben Prey (Badalone) : Poste 5 (2005)

Aux côtés de Jordi Rodriguez, Ruben Prey a terminé dans le cinq de la compétition. Ce grand intérieur longiligne a quitté l’Italie avec 15 points, 5.5 rebonds et 1.2 contre de moyenne.  Lors de ce tournoi, Ruben Prey a eu fort à faire dans la raquette face à Aday Mara et Zacharie Perrin. Deux duels qui ont montré le potentiel du garçon, mais aussi ses faiblesses. Face au pivot d’Antibes, le Portugais s’est fait manger physiquement. Incapable de tenir le contact sous le cercle ou protéger l’arceau, Zacharie Perrin n’en a fait qu’une bouché en terminant avec 23 points et 13 rebonds. Contre l’intérieur espagnol, Ruben Prey a montré un tout autre visage. Un joueur capable d’écarter le jeu de son équipe (3/7 à 3pts contre 1/9 sur les trois autres matchs) et de finir en transition.

Défensivement, il doit impérativement progresser dans la protection du cercle et le rebond. Sur le tournoi, il n’a pas trop su se servir des avantages de son corps (taille, envergure) pour dominer sur ces deux aspects du jeu. Lent dans la prise de décision, pas d’écrans retard pour sécuriser sa position. Le but n’est pas forcément d’en faire un joueur ultra dominant, mais plus de ne pas être un point faible de son équipe.

 

Aday Mara (Saragosse) : Poste 5 (2005)

Pour de nombreux scouts sur places, Aday Mara était le prospect numéro 1 présent à Varese. Et c’est vrai que son apparition dans la salle attire à chaque fois l’œil. Mara vient d’avoir 17ans, a toujours une tête de bébé mais dépasse les 2m20 avec chaussures ; difficile d’avoir une idée précise de son envergure ni sa standing reach, mais les chiffres sont très rares.

Commençons par dire que Saragosse n’est pas une très bonne équipe. Qu’elle n’a pas de playmaker de qualité sur les extérieurs, et que donc, pour un intérieur jeune, le contexte n’était pas le plus propice à une mise en avant optimale. Tout est donc histoire de flashs chez l’espagnol. Les flashs de tir d’abord, avec une bonne mécanique aux lancers-francs et quelques bons shoots sur le tournoi. La création ensuite, avec un vrai sens de la passe et une volonté de trouver ses coéquipiers sur des coupes, sur des renversements à l’opposé. Mara reste un peu soft proche du panier (on l’a vu trop peu prendre le cuir et aller finir avec férocité au cercle), se fait bouger sous le cercle, et doit gagner en dureté. Mais l’espagnol apprend encore à vivre avec son corps. Laissons lui du temps, car les instincts défensifs sont aussi de haute voltige. Seulement 12 contres en 4 matchs pour lui, mais par sa présence, les équipes adverses avaient peur d’attaquer le panier. Il peut contrer des deux mains, possède un solide timing.

Privé de Challenger U16 l’été passé, on a très hâte de le revoir avec la sélection espagnole U17 en Juillet. L’Espagne accueille le Championnat du Monde et Mara devrait jouer avec des extérieurs de qualité (Lucas Mari, Sergio De Larrea, Hugo Gonzalez...), ce qui permettra une évaluation différente de son profil.

 

Melvin Ajinca (INSEP) : Poste 3 (2004)

Dans les rangs de l’INSEP, Melvin Ajinça a terminé dans le cinq de la compétition aux côtés de son coéquipier Noah Penda. Une distinction logique au vu de ses prestations sur l’ensemble du tournoi. A Varese, l’arrière tricolore a terminé avec 10.5 points, 5.2 rebonds, 1.5 passes et 2.8 interceptions de moyenne.

Le point fort de son passage en Italie a sans doute été son tir. Malgré un mouvement parasite avec un bassin qui tournait une fois en l’air, Melvin Ajinça a été plutôt efficace derrière l’arc avec une réussite de 33 % (7/22 en 4 matchs). La prochaine étape d’amélioration doit être au niveau de l’initiation. Balle en main, il n’arrive pas encore à faire jouer les autres. Développement essentiel pour la suite pour un joueur évoluant sur les postes extérieurs. En défense, le Français a fait le job. Face à des joueurs de son âge, il a été capable d’alterner entre les joueurs extérieurs et intérieurs sans difficulté. 

 

Neoklis Avdalas (Panathinaikos) Poste 1-2 (2006)

Fin 2021, Neoklis Avdalas est devenu le plus jeune marqueur de l’histoire de l’Euroleague. Quelques mois plus tard, on attendait tous de le voir avec les U18 du Pana, une équipe qui accueillera l’an prochain Samodurov, l’autre nouvelle pépite du basket hellène. Notons tout de même qu’Avdalas est un 2006, qu’il est donc normalement encore un U16, et qu’il évoluait dans la pire équipe de la compétition. Tout cela doit être pris en compte à la vue de ses statistiques sur le tournoi.

Avdalas passe le eye test rapidement. Grand porteur de balle, tout semble fluide quand il est balle en main. Bon sur drive-&-kick, solide à l’initiation en transition, le grec n’a effectué que 9 passes décisives en 4 matchs, mais ce n’est clairement pas sa faute. A l’instar d’un Jordi Rodriguez, il est encore trop dans le tir à 3pts (27 de ses 46 tirs pris sur le tournoi étaient à 3pts, pour 22% de réussite), mais c’est aussi car il a du prendre un paquet de tirs contestés en fin de possession. Le 8/11 aux LF me rassure sur son shoot, avec une mécanique très pure et un joueur en réussite à l’échauffement. Défensivement, son profil est intéressant car grand pour son poste. Il ne saute pas pour rien, fait les efforts de rotations. A revoir très vite, on l’espère dans un contexte plus propice à son évaluation.

 

David Jensen (Ulm) : Poste 2-3 (2004)

Parti un jour plus tôt que ses camarades, Tobias Jensen a laissé un vide dans les rangs d’Ulm. A Varese, l’ailier danois affiche une moyenne de 14.6 points, 2 passes et 2.6 rebonds.

En Italie, Tobias Jensen a principalement évolué au poste d’ailier, mais il a également porté la balle et initié sur certaines séquences, avec notamment des passes à une main dans le corner opposé et de l’initiation sur Pick-&-Roll. Ses lectures offensives ont été intéressantes sur l’ensemble du tournoi, même si les statistiques ne le montrent pas forcément (seulement 6 passes décisives, 7 pertes de balle en trois matchs). Sa palette offensive comporte aussi le tir. Le Danois a prit 20 tirs à trois points sur le tournoi, avec des tentatives dans différentes positions : du catch-and-shoot, du pull-up... On a également pu observer un joueur capable de tenir le contact face à une opposition plus physique pour terminer proche du panier. Notamment contre le Pôle France contre, à plusieurs reprises, il a terminé au cercle en désaxant afin d’éviter le défenseur face à lui.

 

David Gomez (Next Gen Team) : Poste 4 (2004)

Poste 4 aux côtés de Zacharie Perrin au sein de l’équipe Next Gen de Varese, David Gomez appartient au Betis Séville et a pu se montrer à son avantage du côté du nord de l’Italie. Gomez est long, grand, son envergure semble très intéressante. Il est également aérien, le tout avec un jeu offensif plutôt porté au large (plus de 50% de ses tirs étaient pris à 3pts sur le tournoi, avec un très solide 7/16 à 3pts en totalité).

On a aussi vu un joueur qui bouge bien, une verticalité très intrigante. Pour le moment, l’espagnol n’est seulement qu’un joueur de fin de chaîne (1 passe décisive en 101mins sur la compétition), un joueur qui finit les actions sur Pick-&-Pop ou en catch-&-shoot après renversement. Il sera intéressant de le suivre dans les prochains mois, et d’évaluer si son jeu évolue, ou si Gomez se dessine à un rôle de spécialiste de Stretch 4 à l’étage professionnel.

 

Mentions honorables : Leonardo Marangon (Next Gen Team), Aurèle Brena-Chemille (INSEP), Jacob Ensminger (Ulm), Mohamed Diakité (INSEP), Aristode Dwayne (Badalone), Lucas Giovanetti (Next Gen Team), Wilson Jacques (INSEP), Stellan Rajaofera (Next Gen Team), Lucas Langarita (Saragosse), Gerard Bosch (Badalone), Mahamadou Diarra (Next Gen Team)...